Le Filmeur

Film français de Alain Cavalier

Avec Alain Cavalier, la famille, les amis





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 21-09-2005

Durée: 1h37

 

Autoportrait

Alain Cavalier continue de creuser son sillon avec sa petite caméra D.V.

Il nous présente aujourd’hui plus de dix ans de sa vie privée en 100 minutes de projection avec une impudeur candide très déconcertante : les fesses de sa femme (qui n’est guère consentante), le cadavre de son père (lui non plus, je présume), sa tumeur au nez, son merle apprivoisé, sa mère peu à peu grabataire, etc., si bien qu’on est souvent gêné d’être transformé en Asmodée involontaire et pris dans le piège d’un voyeurisme non désiré. Ce home movie très personnel quittant le salon familial pour le grand écran, on se pose la question : est-ce que cette intimité dévoilée peut constituer un spectacle payant pour des étrangers au cercle des proches ? La littérature a déjà répondu « oui » depuis longtemps puisqu’elle est infestée de carnets intimes ou de faux romans qui répandent complaisamment les secrets de famille de l’auteur moyennant 15 euros (il y a, bien entendu, une légère différence entre Chateaubriand et Benjamin Castaldi). Donc, pourquoi pas le cinéma ?

La caméra D.V. permet désormais d’être sans équipe, enfin seul, comme l’écrivain devant sa feuille de papier (ou son clavier). L’image apporte, évidemment, un poids et un témoignage bien plus forts que les souvenirs enjolivés et incontrôlables des autobiographies littéraires, surtout lorsque le filmeur est Alain Cavalier qui ne quitte pratiquement plus sa caméra-stylo depuis des années. Il commente suavement les images durant la prise de vues et apparaît désormais dans le cadre par un jeu discret de miroirs ou de reflets volés. Finalement, cette expérience de cinématographie solitaire reste intéressante car elle est atypique, limitée et tentée par un cinéaste honnête qui saupoudre, heureusement, d’un humour léger ce constat filmé, le sauvant ainsi de l’ennui qui menace.