Broken Flowers

Film américain de Jim Jarmusch

Avec Bill Murray, Jeffrey Wright,Sharon Stone


Grand prix (Cannes 2005)


Par Clémentine Gallot
 
Sortie le 07-09-2005

Durée: 1h45

 

Jim Jarmusch est ce jeune homme de 52 ans qui, traînant ses marginaux délirants sur pellicule, fut un jour la fine fleur du cinéma indépendant américain. Et qui bénéficie – toujours - d’un a priori très favorable de la presse. Fêté à Cannes en mai dernier (Grand prix), Broken Flowers, nouveau film à sketch inavoué, prolonge le principe des anecdotes rassemblées dans Coffee and Cigarettes (2003).

Ingénieur retraité, Don Johnston (Bill Murray, impassible), se fait lourder par sa petite amie, la dernière d’une longue carrière de don juan. Il reçoit alors une lettre anonyme l’informant qu’il a eu un fils, aujourd’hui âgé de dix neuf ans. Fort de ces informations succinctes, un peu dérangé par la découverte de cette récente paternité et après avoir dressé une liste sommaire de ses aventures, Don part, sans conviction, à la recherche d’une génitrice potentielle. Aurait-il semé des enfants à tout va, il n’en est guère ébranlé : porté par un Bill Murray placide - voire indifférent -, le héros opaque de Jarmusch se dresse en obstacle à toute psychologie, tout comme le scénario refuse une narration traditionnelle. Le programme du film repose essentiellement sur des préoccupations esthétiques et une symbolique schématique (au lieu de raconter une histoire, le cinéaste sème détails, symboles et messages cryptiques).
Ce portrait désolant d’un homme à travers les femmes qu’il a aimées, condamné à revisiter ses vieilles maîtresses plus ou moins défraîchies, arpentant un territoire de banlieues universelles et dépeuplées est, malheureusement, d’un ennui contagieux. Canular ou vengeance, cette histoire de fils n’est que le prétexte de cette fable aporétique, qui cherche moins à résoudre le mystère d’une Amérique en panne qu’à nous imposer, dans chaque tableau son lot d’indices roses et son univers mis en boîte.
Cette énigme Jarmusch qui tourne en rond nous en dit bien peu sur le monde (creux, banal, décevant, avec ses petits moments de grâce) ou sur le cinéma. Le sien, qui a pu être riche à ses débuts et offrir la promesse d’un renouveau tend, non pas vers l’épuration ou le minimalisme, mais vers une forme d’épuisement.