Eros

Film hong-kongais de Wong Kar-wai

Avec Christopher Buchholz, Luisa Ranieri, Alan Arkin, Gong Li, Chang Chen





Par Stéphane Malek
 
Sortie le 07-06-2005

Durée: 1h46

 

Thèse, antithèse, synthèse


Elaboré par le producteur Stéphane Tchal Gadjieff, Eros rend hommage à Michelangelo Antonioni à travers une ode en trois parties, trois films, sur le désir amoureux. Le maître italien y est accompagné de deux de ses plus illustres admirateurs, Steven Soderbergh et Wong Kar-wai.

Le premier opus, Le périlleux enchaînement des choses, est signé Antonioni lui-même. Un couple de bourgeois italiens en pleine crise conjugale, une belle voiture de sport, une fougueuse tentatrice, un acte sexuel fiévreux, une danse entre deux « bimbos » rivales tournoyant nues au bord d’un lac, et vous avez votre « roman-photo cinématographique » de l’été. Le désir y est étouffé, superficiel, emphatique, caricaturé, digne des Feux de l’Amour ou autre téléfilm insipide. Seule une scène de poursuite sensuelle dans une maison arrive à se
démarquer du tas, symbolisant plus ou moins finement la montée du plaisir. Le dernier ballet, en revanche, est totalement ridicule.

On ne s’attardera pas sur l’Equilibrium de Soderbergh, exercice de style maîtrisé et amusant, mais prétentieux et sans grand intérêt, dépourvu de sensualité, n’ayant rien à voir avec Antonioni. En revanche, La Main, de Wong Kar-wai, n’est ni plus ni moins qu’un petit chef-d’œuvre en l’honneur du maître. Relation entre un jeune tailleur et une prostituée, s’étendant sur plusieurs années, faite de désir, de dévotion, de douceur et de frustration, véritable leçon de mise en scène érotique à l’éclairage somptueux. Lors de leur première rencontre, la belle
courtisane (Gong Li, éblouissante), remarquant le trouble de l’apprenti tailleur, entreprend de lui caresser le sexe. Ce dernier, hanté par ce délicieux souvenir, plonge dans une passion douce et amère qui le mènera au renoncement. Il assiste, impuissant, au dépérissement de sa muse, continue à lui confectionner des robes magnifiques avec ardeur, y glissant sa main dans un atelier sombre et décrépit, caresse du tissu, sensuel fétichisme, hommage aux courbes féminines. Le spectateur est lui aussi caressé par cette ode au corps, aux gestes, au toucher, aux sentiments. Superbe.

Un petit conseil, entre nous, pour finir : si vous vous voulez voir Eros, essayez de venir une heure en retard, vous ne perdrez rien et ne le regretterez pas.