Eros
Eros

Film international de Wong Kar-wai

Avec Christopher Buscholtz, Regina Nemni, Luisa Ranieri; Robert Downey Jr, Alan Arkin; Gong Li, Chang Chen





Par Esther Castagné
 
Sortie le 06-07-2005

Durée: 1h46

 

Pour le meilleur mais surtout pour le pire.

Il était tentant de réunir trois grands cinéastes pour une variation sur le thème de l'érotisme. Cette tentation se solde par un échec quasi complet et une déception qui n'est sauvée que par le petit bijou de Wong Kar Wai.

Aucune cohérence entre ces trois épisodes si inégaux. Des espèces de dessins assez
vulgaires se voulant sensuels font mine de lier sur fond de musique sirupeuse
un texte soi disant profond et poétique mais en réalité pitoyable (pourquoi
Caetano Veloso s'est-il fourré dans cette galère ?!?). Ces transitions insupportables ne sont
guère plus que les sketches du pseudo Antonioni qui est soit totalement sénile, soit manipulé par des personnes malhonnêtes, peut-être même malveillantes, qui se servent de son nom et ne réussissent qu'à le souiller. Celui de Soderberg est entièrement hors-sujet.
Heureusement qu'il y a Wong Kar Wai et ses deux brillants acteurs, particulièrement
émouvants, (contrairement au reste du casting, lui aussi, consternant) qui nous offrent avec La Main une ode à la sensualité, au sacrifice et à la beauté.
L'aberration d'Equilibrium, le sketch de Soderberg, au titre aussi absurde que son contenu, n'est supportable que l'espace de trois minutes, le temps de se remettre de la bêtise semi-
pornographique (le scénario est d'ailleurs à la hauteur d'un X de mauvaise qualité !) dont fait
preuve Le périlleux enchaînement des choses. Il est loin le temps de Chronique d'un amour,
L'avventura ou Blow Up et le maître italien n'a malheureusement plus suffisamment de bon
sens et de lucidité pour se rendre compte qu'il est en train, en se compromettant de la sorte, de creuser sa tombe artistique.
Quant à Soderberg, on va finir par croire que son succès et sa réputation sont totalement usurpés. Les continents européen et américain nous semblent bien
décadents devant la sensibilité asiatique : là est le futur du cinéma,
un cinéma jadis international et qui savait ce que signifiait le concept d'esthétique et l'idée
d'eros.