La Guerre des Mondes
War of the Worlds

Film américain de Steven Spielberg
Adapté du roman de H.G. Wells

Avec Tom Cruise, Dakota Fanning, Miranda Otto, Justin Chatwin et Tim Robbins





Par Stéphane Malek
 
Sortie le 03-07-2005

Durée: 1h57

 

Spielberg, E.T., ses petits-grands mondes

Spielberg renoue avec la science-fiction : un budget colossal (cent trente millions de dollars) pour adapter à l’écran La Guerre des Mondes, un classique de la littérature, écrit en 1898 par H.G. Wells, et déjà adapté au cinéma en 1953 par Byron Haskin (sans oublier bien sûr l’adaptation d’Orson Welles à la radio qui fit trembler l’Amérique par son réalisme). Une histoire d’envahisseurs extra-terrestres donc, de « méchants E.T. » qui veulent s’approprier notre chère planète en y anéantissant toute forme de vie. Comment alors traiter un sujet d’une telle ampleur sans basculer dans le grotesque et en évitant les poncifs du genre ?

Il semblerait que Spielberg connaisse la réponse à cette question, car c’est avec soulagement que nous découvrons une Guerre des Mondes relativement « sobre », sans destruction de monuments historiques, batailles mémorables ou statue de la liberté effondrée au c½ur d’un Manhattan ravagé ; sans soldat intrépide, scientifique déchu ou président déterminé… juste Ray Ferrier (Tom Cruise), un docker divorcé, prêt à tout pour protéger ses deux enfants (la jeune prodige Dakota Fanning et Justin Fatwin) de l’invasion, les entraînant dans un périlleux voyage à travers des paysages de désolation où s’étirent des colonnes de fuyards en détresse. L’invasion de la Terre n’est alors pas prise en charge à l’échelle de la planète ou des Etats-Unis, mais dans le cadre intimiste d’une famille (on est bien loin du désolant Independance Day !). La destruction de la planète passe au second plan derrière le parcours émotionnel de Ray avec ses enfants. Le spectateur reçoit donc des informations lacunaires du fait d’une focalisation narrative interne qui entretient savamment un certain mystère sur l’invasion
(hormis la présence d’une voix-off qui ouvre et clôt le film de façon pompeuse, révélant le pourquoi du comment).

Le sujet (très délicat) est bien traité, sans démesure, abordant avec finesse certains thèmes comme la paranoïa (« c’est les terroristes qui attaquent »), le patriotisme et le sens du devoir. Les scènes de panique collective sont captivantes et impressionnantes, le nombre de figurants mobilisés est ahurissant. Certains plans sont d’une beauté étonnante et la caméra à l’épaule,
souvent utilisée, renforce le réalisme. De même, la palette est intéressante, variant d’une dominante bleutée à une gamme de plus en plus riche et intense, donnant un effet stylisé mais toujours dans les limites du réel. Un travail rigoureux a été effectué pour conférer un maximum de crédibilité à ces événements fantastiques.

Mais on n’évite malheureusement pas certains clichés, Ray étant l’archétype de l’homme ordinaire appelé à se dépasser pour protéger les siens dans un monde hostile, devant faire face à ses enfants qui le dédaignent pour s’affirmer en tant que père-héros responsable et valeureux. La relation père/fille présente quelques subtilités, voire certains moments attachants, mais le personnage de Robbie (le fils) n’est pas très convaincant en ado rebelle rejetant la figure paternelle. Celui d’Ogilvy (Tim Robins, excellent), en inquiétant sauveur cloîtré dans une cave, présente en revanche l'un des composants les plus intéressants du film. Homme brisé qui a tout perdu, il envisage un plan dément pour affronter les extra-terrestres et représente vite un danger pour la fillette et pour son père. Spielberg brosse ici un drame psychologique intense lors d’un huis clos angoissant au beau milieu de l’aventure, singularisant ainsi un peu plus le film au sein du genre.

La Guerre des Mondes s’en sort donc vraiment bien. Même les plus récalcitrants qui, comme moi, ne sont vraiment pas attirés par le sujet ou ne sont pas des fans inconditionnés de Spielberg, pourront apprécier ce blockbuster efficace et subtil qui étonne, réjouit même.