Charlie et la chocolaterie
Charlie and the Chocolate factory

Film américain de Tim Burton
Adapté du roman Charlie et la chocolaterie de Roald Dahl (1964)

Avec Johnny Depp, Freddie Highmore, David Kelly, Helena Bonham-Carter, Noah Taylor et Christopher Lee





Par Stéphane Malek
 
Sortie le 13-07-2005

Durée: 1h56

 

Wonka Académie

Qui n’a pas lu ou entendu parler de Charlie et la chocolaterie ? Le roman de Roald Dahl connaît un succès planétaire, alimentant les rêveries de millions d’enfants depuis sa parution en 1964. Le jeune Charlie, issu d’une famille pauvre mais aimante, participe au concours de Willy Wonka, propriétaire d’une fameuse fabrique de chocolats, pour visiter son usine. Il découvre par chance un des tickets d’or que Wonka a caché dans ses friandises et embarque dans un univers féerique qui va bouleverser sa vie à tout jamais. Le nom de Tim Burton, son imagination débordante et son style visuel unique, paraissent idéaux pour « remixer » le livre sur grand écran. Celui de Johnny Depp pour interpréter Willy Wonka nous réjouit d’avance. Tous les ingrédients sont réunis pour une œuvre fabuleuse, une expérience unique, un voyage inoubliable. Enfin… presque…

Leur récent rôle de père a beaucoup influencé la carrière de Tim Burton et de Johnny Depp, leur faisant redécouvrir le monde de l’enfance et la joie des contes de fées. Après Big Fish pour l’un, Pirates des Caraïbes et Neverland pour l’autre, voici les deux compères réunis dans un conte sensoriel et visuel inédit mais décevant. Et pourtant, le film commençait plutôt bien… La première demi-heure est inventive, rythmée, intelligente et travaillée. On se plaît à découvrir Charlie, sa famille excentrique et attachante (Helena Bonham Carter et Noah Taylor
sont brillants dans leurs seconds rôles) ainsi que sa maison pittoresque en marge de la ville. On découvre les portraits alléchants des personnages qui ont illuminé notre enfance (notamment les quatre insupportables gamins qui accompagneront Charlie dans son aventure),le mystère est planté autour de Willy Wonka, on croit retrouver le Burton d’avant La Planète des Singes, les portes de l’usine s’ouvrent et… patatras ! Le miracle ne se produit pas.

La magie s’évapore, l’émotion n’est plus et le spectateur retombe violemment sur son siège. Les décors sont certes intéressants et l’effort est louable (peu d’images de synthèse, une véritable cascade de chocolat dans un jardin loufoque construit de toutes pièces et une quarantaine d’écureuils dressés pour l’occasion) mais l’émerveillement est absent et laisse place à un Willy Wonka (sorte de Michael Jackson fan de Marilyn Manson), maître de cérémonie lourdingue d’une « chocolaterie académie » où les enfants sont tour à tour éliminés au son des chansons des Oompa-Loompas (petits Lilliputiens peuplant l’usine et tous interprétés par le seul Deep Roy), irritants à la longue, qui allient paroles de Roald Dahl et musique de Britney Spears. On est tellement loin de L’Etrange Noël de M. Jack ! Les personnages sont effacés au profit d’un Wonka qui cabotine jusqu’à l’overdose. Même le petit Charlie a disparu !

Burton a fidèlement respecté l’œuvre de Dahl en y ajoutant certains éléments intéressants comme l’enfance de Wonka et sa relation avec son père (Christopher Lee), donnant ainsi plus de relief au personnage. Il n’empêche que le film demeure fade, sans ironie ou touche de noirceur. Big Fish le laissait redouter, Charlie et la chocolaterie le confirme : le réalisateur a changé. Il ne nous reste plus qu’à attendre sa prochaine œuvre d’animation, Les Noces Macabres (sortie prévue à la fin de l’année) qui semble plus réussie. Tim, que fais-tu ?