Dear Wendy

Film danois de Thomas Vinterberg
écrit par Lars von Trier

Avec Jamie Bell, Bill Pullman, Michael Angarano, Danso Gordon, Chris Owen...





Par Raphaël Lefèvre
 
Sortie le 22-06-2005

Durée: 1h41

 

Signé Lars

Qui est Thomas Vinterberg ? Ou plutôt que serait-il s’il ne connaissait pas Lars von Trier ? A la vue de Dear Wendy, on est en droit de se poser la question. Est-il un authentique cinéaste, talentueux et sincère, malheureusement influencé par son amitié avec le plus insupportable des créateurs contemporains ? Ou un golden boy opportuniste et aussi pervers que son acolyte ? Probablement un peu des deux…

Comment, sinon, être capable de réaliser des oeuvres aussi différentes (pas seulement dans leurs thèmes et dans leur forme, mais dans le désir même de cinéma dont elles sont porteuses) que Festen, tragédie familiale d’une cruauté confinant au sadisme parvenant à grand peine à se libérer du carcan de la révolution-baudruche du Dogme (donc un film placé sous l’égide du « maître »), et It’s all about love, film d’anticipation et d’amour bouleversant d’ampleur lyrique et tragique (donc, a priori, un film plus personnel) ? On peut changer, me direz-vous. On peut être éclectique aussi. Et d’un certain point de vue, ce Dear Wendy est une tentative de conciliation des deux pôles – cruauté et provocation d’un côté, humanisme et lyrisme de l’autre – dessinés par ses films précédents.

Ces pôles me paraissent malheureusement inconciliables. Et on ne répétera jamais assez le mal que font à une certaine idée du cinéma, des personnages et donc de l’homme, les expériences cyniques, sadiques mais surtout artificielles – et c’est là leur principal défaut, car malgré leur perversité elles pourraient malgré tout s’incarner et convaincre – surgies du cerveau pas si bouillonnant que ça de Lars von Trier. Lequel, ici, se caricature au plus haut degré. On dirait le scénario calqué sur un patron mis au point avec Dogville. C’est le même programme : une forme d’idéalisme (la croyance en la bonté de l’homme là, le pacifisme ici) à mettre à l’épreuve puis à réduire en pièces par les moyens scénaristiques les moins subtils qui soient.

Au début, on se dit : au moins, Vinterberg prend son temps pour filmer ça comme il faut, sans donner la nausée à son spectateur, préférant caresser ses acteurs avec la caméra. Mais bien vite son regard s’avère vain devant la lourdeur du scénario et de la batterie de signes ridicules qu’il met en place (chaque personnage est rigidement typifié, caractérisé par une manie, un centre d’intérêt ou une particularité, tous sont des losers et trouvent leur dignité en formant les Dandies, société secrète qui bichonne des pistolets sans jamais les utiliser…). Vinterberg semble en fin de compte se contenter d'appliquer le programme concocté par Trier, ne s’éloignant en apparence de son inexorable mécanique (à travers une imagerie désuète de western et des afféteries stylistiques à la MTV) que pour mieux en servir l’étroitesse d’esprit.