Douches froides

Film français de Antony Cordier

Avec Johan Libéreau, Salomé Stévenin, Florence Thomassin, Jean-Philippe Ecoffey, Claire Nebout, Aurélien Recoing...


Cannes 2005 - Quinzaine des réalisateurs, Prix 2005 de la Fondation Diane et Lucien Barrière


Par Raphaël Lefèvre
 
Sortie le 22-06-2005

Durée: 1h42

 

De trouble et de sueur

Voilà un film qui fera taire un moment tous ceux qui pensent a priori que les oeuvres d’anciens élèves de la Femis sont bardées d'intellectualisme, d'onanisme esthétique et autres poses auteuristes... Authentique "film-prolétaire" (par et sur un enfant du monde ouvrier), Douches froides embrasse au contraire ses enjeux (l’apprentissage de la vie, le rapport au monde qu’on entretient selon son appartenance sociale, la dimension irrationnelle de l’amour, de l’amitié et du désir) avec une sobriété et une simplicité rafraîchissantes.

Constamment à la lisière de l’inepte téléfilm de société et du récit d’initiation un peu balourd, le film s’avère pourtant toujours convaincant, toujours touchant. C’est qu’au lieu de transcender la banalité de ses situations ou de détourner les lieux communs, il préfère les affronter sans complexe, frontalement, avec la croyance et la sincérité comme seules alliées. Epineux débat que celui de la sincérité en art… disons que si ce n’est nullement un critère nécessaire à la qualité d’un film, c’est une plus-value bienvenue lorsqu’elle est sensible, et qui participe beaucoup de la puissance d'expression de celui-ci.

Il y a ici une évidence, une fluidité, une façon d’aller droit à l’essentiel qui force le respect. Les dialogues, la très belle voix-off qui introduit le film notamment, ignorent toute peur de l’explicatif ou du ridicule - et pourtant évitent la lourdeur. Les acteurs, remarquablement dirigés, habitent les images avec intensité ; les corps interagissent avec aisance. Et Cordier de filmer ça avec maîtrise, insufflant à chaque scène la petite touche de tension, d'émotion, de sensualité, de vérité, qui balaie toute platitude et dote le film d'une force de persuasion qui n'est pas loin d’emporter l'adhésion.

D'autant que sa témérité n'empêche nullement la subtilité. S'il épouse la force de caractère du jeune prolétaire et l'insouciance des adolescents en fleur, le film ne verse jamais dans une lutte des classes de comptoir ou un conflit des générations. En témoigne l'énergique scène de la fête. Dommage dès lors qu'une des qualités du film, la discrétion, soit aussi sa limite, que malgré tout il reste si modeste, ne s’éloigne pas d'une certaine fadeur naturaliste pour mieux souligner formellement ses lignes de forces et aller explorer avec plus de prise de risques les territoires troubles du jeu social, des sentiments et du sexe – à la manière d’un Brisseau, par exemple, auquel on peut songer. Reste qu'un tel film, proposant une saine alternative à la partition facile mais pas sans fondement entre soupe populaire et oeuvres élitistes, fait plaisir à voir dans le paysage audiovisuel français.