Batman begins

Film américain de Christopher Nolan

Avec Christian Bale, Michael Caine, Katie Holmes, Liam Neeson, Gary Oldman, Morgan Freeman...





Par Raphaël Lefèvre
 
Sortie le 15-06-2005

Durée: 2h19

 

Batman est parmi nous

L’idée de rapprocher de notre expérience un univers irréaliste a bien sûr quelque chose de séduisant. Mais cette démarche – qui constitue, de manière générale, une entreprise périlleuse – frise le non-sens en ce qui concerne les comics. Le comic, c’est le règne du symbole, du signe incarné dans des figures excessives qui – même si la tendance est au manichéisme – n’empêchent nullement la complexité et élèvent les enjeux à un niveau quasi métaphysique. Dès lors, quel intérêt à vouloir donner une vision réaliste des super-héros ?

A vrai dire, les choses ne sont pas aussi simples. A contrario, à trop vouloir « faire comic », Sin City nous a montré récemment comment un film pouvait asphyxier ses personnages et neutraliser l’intérêt du récit. Le cinéma est passionnant et touche peut-être à son essence lorsqu’il nous présente une vision transfigurée – à mi-chemin entre réalisme et irréalisme – du monde, et des films comme Spider-man (pour rester dans la lignée des comics, mais de Demy à Burton, les exemples ne manquent pas) prouvent qu’il reste possible, dans une configuration fantaisiste, de se piquer de préoccupations réalistes et d’enjeux proches du quotidien. Seulement le fait d’avoir cité Spider-man n’est pas anodin : les films de Raimi ont traité avec plus de subtilité que ce Batman les problèmes que pose, d’un point de vue sentimental notamment, le boulot de super-héros.

Mais Batman begins est surtout agaçant dans son entreprise de démontage systématique du mystère, dans sa manie pathologique à vouloir toujours tout expliquer rationnellement et minutieusement. Si cette démystification généralisée réserve son pesant d’humour (les clins d’oeil quant à la façon dont Batman a conçu tout son arsenal, du costume à la Batmobile), elle prend aussi la forme de justifications pesantes (les pénibles scènes d’enfance traumatisée) et de digressions ridicules (le voyage de Bruce Wayne en Asie, où il se frotte à la criminalité et apprend les arts martiaux). Et le film n’est jamais aussi bon que lorsqu’il se débarrasse de tout attirail explicatif pour s’adonner à la pure création visuelle et, dans la lignée d’un Shyamalan, à sa réflexion ambiguë sur le Bien, le Mal et la Justice.

De ces deux points de vue aussi, ça commence moyen. Le style de Nolan gagnerait à choisir entre la conception de la mise en scène basée sur le plan comme véritable espace de déploiement et celle fondée sur le montage comme déferlement sensoriel. Et la première demi-heure ressemble fort à une gigantesque bande-annonce de propagande sécuritaire. Mais, on le savait, le réalisateur est un petit malin, et finit par retourner les choses à son avantage. Mieux que ça : au final, à l’inverse de Memento, qui restait prisonnier de sa construction alambiquée autosatisfaite, et d’Insomnia, polar à atmosphère surfait, Batman begins – aidé, il faut le dire, par une batterie d’acteurs campant solidement leurs personnages – ne se contente pas de captiver, il convainc presque.