Collateral

Film américain de Michael Mann

Avec Tom Cruise, Jamie Foxx, Jada Pinkett-Smith, Mark Ruffalo...

Sortie le 29-09-2004
 
   

Par Raphaël Lefèvre


Durée: 2h

 
 
   

La nuit du loup

Film de genre réalisé au sein de l’industrie hollywoodienne, dont il épouse de plain-pied une certaine tradition - même s’il sait se démarquer par un traitement d’une créativité et d’une noirceur peu communes -, Collateral n’est pas un film sans défauts. Du scénario et des dialogues, l’un n’étant pas dénué de ficelles voyantes, les autres s’avérant parfois un peu faibles, on dira qu’ils sont inégaux. Mais s’arrêter à ce constat serait commettre une injustice bornée à l’égard de ce film somptueux qui joue avec énergie sur plusieurs tableaux, du divertissement brillant à la pure poésie en passant par une vertigineuse interrogation sur l’homme et le monde.

Collateral ne souffre pas de l’inégalité tiède des films moyens. Son « inégalité », qui garantit paradoxalement toute sa beauté, voire sa cohérence, est le fruit, entre autres, d’une tentative audacieuse de réinvestir les conventions ou les clichés, de leur donner un souffle nouveau pour leur faire dire quelque chose. Une prise de risque qui se situe donc aux antipodes d’une sage et creuse conformation au moule hollywoodien. On ne fera pas l’affront à Mann de croire que si il revient à ses premières amours policières, après Révélations et Ali – deux films ambitieux et profondément politiques questionnant les liens qui se tissent et se détissent entre l’individu et la société –, c’est pour souffler un peu et se reposer le cerveau… Collateral est un faux film mineur, un petit polar d’une grandeur insoupçonnée, où les moments « faibles » sont toujours transcendés, investis par l’humanité des personnages et traversés pas de multiples enjeux.

On peut, par exemple, trouver la conversation entre Max (Jamie Foxx) et Annie (Jada Pinkett Smith) niaise et sans autre intérêt que de créer un lien superficiel entre les personnages pour préparer la fin du film ; on peut aussi trouver touchante sa maladresse (qui renvoie après tout à celle des personnages) et être bouleversé par le trouble qui se dégage des non-dits – un trouble fait de réflexion et de sentiments, dans lequel se télescopent rapport de classes et appartenance à une même communauté, attirance et conscience d’une barrière séparatrice. On peut juger too much la musique huileuse qui accompagne les plans hypnotiques des coyotes traversant la route ; on peut aussi y voir un signe, gauche mais marquant, indiquant que ces plans ne sont pas anodins et qu’ils concentrent peut-être dans un moment de poésie apparemment « gratuit » une problématique essentielle du film : l’homme, sa place dans le monde animal, la valeur de sa civilisation.

Cette problématique, qui porte aux cimes la réflexion de Michael Mann sur l’individu et la société, surpassant le politique pour atteindre au métaphysique, est à la fois incarnée et soulevée par le superbe personnage de Vincent, auquel Tom Cruise, tour à tour séduisant et glaçant, confère une affolante animalité robotique. Par ses remarques dérangeantes mais non dénuées de pensée, ce tueur à gages cynique va bousculer la conscience sage et velléitaire de Max lors d’une nuit cauchemardesque. La nuit : voilà la grande affaire de Collateral, « film noir » à plus d’un égard. A l’aide d’une DV haute-définition, Mann donne à ressentir la nuit de Los Angeles, ses couleurs, la densité de l’air, son odeur, presque… et, à partir d’un matériau quasi-documentaire, compose une envoûtante poésie urbaine, impressionniste, qui participe pleinement du questionnement du film.

Que ce soit dans ces moments presque abstraits ou dans le pur jeu cinématographique (une étonnante pause « jazz » faussement nonchalante, véritable tour de force psychologique ; une scène magistrale de carnage dans une boîte de nuit sublimé en ballet ample et chaotique ; un suspense génial de cache-cache entre loup et agneau dans une tour de verre : autant de morceaux de bravoure dont il faut reconnaître le pur plaisir de spectateur de cinéma qu’ils procurent), Mann ne se départit jamais de son style personnel – fragile mais efficient, parfois même fulgurant : ébouriffante manière de cadrer, où la vivacité fébrile de la caméra semble chercher à capter quelque chose d’intangible, de supérieur ; montage brillant prouvant un sens aigu de la construction séquentielle et faisant du flux d’images et de sons (comme toujours chez Mann, ces nappes musicales se fondant magiquement dans la matière filmique) un objet organique portant à son plus haut degré le double rapport du plan à la séquence : à la fois indépendance et indissociabilité (où l'on rejoint la question de l'homme face à la société)...

Construit sur la dialectique lien/choc, Collateral est constitué d’un entrelacs de rapports de forces, de face-à-face, de rencontres entre entités contradictoires : confrontation des univers du polar et du drame réaliste ; cohabitation de la DV et de la pellicule ; effets conjugués d’une puissance d’incarnation, fondée sur un magma de sensations éphémères, qu’on pourrait appeler « réalisme de l’instant », et d’une invraisemblance globale de l’intrigue… C’est d’ailleurs au prix de cette invraisemblance finalement négligeable car liée à un judicieux resserrement dramatique, que le film acquiert son intensité et sa grandeur. Quelques heures pour l’éternité, une nuit à Los Angeles pour la nuit du monde… Collateral est régi par ce mouvement paradoxal qui faisait dire à Deleuze que plus un personnage de cinéma est « individué », plus il est universel. C’est peu de dire que ça impressionne.

 
         
 


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