Et là-bas, quelle heure est-il ?

Film taïwanais de Tsai Ming-Liang

Avec Lee Kang-Sheng, Chen Shiang-Chyi, Lu Yi-Ching, Miao Tien, Cecilia Yip, Chen Chao-Jung, Tsai Guei et Jean-Pierre Léaud

Sortie le 26-09-2001
 
   

Par Victor Aumont

 
 
   

Ce film taïwanais, dû à un réalisateur qui, apparemment, a fait de bons films auparavant (La rivière et, dernièrement, The Hole ), est complètement raté. Avec cette nuance qu'il y a quelque chose dont le réalisateur a voulu parler, oubliant qu'il n'avait rien à en dire ( "Connais toi toi-même" est valable aussi pour les cinéastes, pas seulement pour les hommes et les comédiens). C'est le constat d'une solitude indicible de l'individu, d'une existence en creux et en absence, constat repris par toute une génération de cinéastes asiatiques contemporains avant lui. Quelque chose de flou, qu'on a perdu, et qu'on pourrait peut-être retrouver ailleurs. Le problème, c'est que le réalisateur fait corps avec ce constat, il prend acte et nous laisse sur le carreau. Le film est ainsi (en) creux, lui aussi.

L'histoire, c'est celle d'un jeune homme qui vend des montres dans la rue, un peu en retrait de la foule, à Taïpei. Voilà. On comprend que son père meurt au début du film. Sa mère se met à suivre frénétiquement les directives d'une prêtresse visant à faire revenir le mort, et son état mental empire pendant le film. Le mini-événement, c'est qu'une jeune femme achète une de ses montres au jeune homme, et pas n'importe laquelle : celle qu'il porte au poignet, parce que, dit-elle, il y a un cadran pour les heures à l'étranger. La jeune fille part pour Paris le lendemain. Par le biais de cette montre, les destins de ces deux êtres qui se déplacent comme des atomes, qui zonent dans l'espace, sont liés, croirait-on. Mais non, pas même cela. Simplement ça justifie qu'on les suive en parallèle, et aussi que le jeune garçon se mette à faire une fixation grotesque sur les montres.

On peut voir qu'un film est raté dès le premier plan. Ici, un homme, la soixantaine loquace, est assis à la table de sa cuisine, laquelle est collée contre un mur à la peinture sale et , dans le fond, une porte coulissante donne sur une terrasse poisseuse. Sur la table, un appareil électroménager pour faire du riz. L'homme se lève, appelle quelqu’un dans la pièce d'à côté, qui ne répond pas. Genre. Il s'allume une cigarette, parce que vraiment, il n'y a rien d'autre à faire. Et ça dure. Dans certains films, c'est cela et beaucoup d'autres choses en même temps. Ici, il n' y a vraiment que cela.

Les acteurs, de plus, jouent faux. Peut-être que dans d'autres films, c'était voulu et intéressant, mais là, ça ne marche pas. On voit toutes les indications du réalisateur comme si on y était, sur le plateau (regarde à droite, lâche une larme, prends la bouteille). La scène de la mère qui pleure son mari est vraiment catastrophique.

Inutile, enfin, de faire l'inventaire de tous les clichés plaisants du cinéma taïwanais ici repris de façon outrancière. Quoi que ce soit très tentant : cérémonies religieuses lourdingues et dénuées de toute poésie, clichés sur la pseudo-sobriété dans la façon d'évoquer la perte d'un être cher, poncifs sur l'incompréhension entre les personnes et la ville moderne, ville où l'on n'a plus prise sur le temps, où tout est irréel, innommable ratage des scènes à Paris. On est obligé de se cacher les yeux, quand débarque le pauvre Jean-Pierre Léaud jouant son rôle auquel n'a rien compris le réalisateur, qui n'a appréhendé qu'une vague et lointaine aura du personnage. A deux reprises, on nous passe quelques images des Quatre cents coups (la scène de la bouteille de lait vidée d'une traite et de la centrifugeuse), comme si le réalisateur avait l'intuition de ce qui manque non pas au monde, mais à son film : souffle, énergie, humour. Entre autres.

Une seule bonne chose : l'aquarium planté au milieu du salon, dans sa lumière bleue, son bruit de frigidaire, et son gros poisson blanc comique qui en occupe tout l'espace. A un moment, le jeune homme prend un cafard, effrayant sa mère ("ça pourrait être ton père réincarné"), et le donne au poisson qui gobe le cafard, pour le grand bonheur du spectateur. En voilà un qui s'est libéré du réalisateur, en voilà un être authentique, qui vit pleinement ! Après cette scène, on ne lâche plus l' aquarium des yeux, et son gros poisson qui capte les regards.

Le réalisateur n' est pas là, les personnages sont ailleurs, aussi, ils aimeraient bien être à Paris mais ils n' y sont pas, mais alors, pas du tout, et nous non plus on n' y est pas, ni là-bas, ni ici, mais quoi, tout le monde a disparu, au secours, il n' y a plus personne, nulle part, la salle est vide, tous les sièges vacants, tirons-nous...

( Si quelqu'un a le courage de défendre ce film, qu' il se manifeste.)

 
         
 


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