Bologna Centrale

Film français de Vincent Dieutre

Avec Vincent Dieutre, Eva Truffaut

Sortie le 26-05-2004
Réalisé à partir d'enregistrements conçus pour France Culture.
 
   

Par Mikael Buch


Durée: 1h01

 
 
   

Un chant d'amour

Après Mon voyage d’hiver, Vincent Dieutre décide de partir à Bologne retrouver les souvenirs de ses premiers amours adolescents pendant les années de plomb en Italie. Oscillant entre le souvenir doux d’un temps passé et la confrontation à l’Italie berlusconienne, Dieutre nous apprend à regarder le monde avec exigence et sensibilité.
Une caméra Super 8, une vingtaine de bobines de trois minutes et un dictaphone… et le cinéma ressort de ses cendres. Si je parle de cendres, c’est que je pense que quelque chose doit sérieusement être en train de prendre feu pour que les "gens du cinéma" applaudissent à l’unisson le narcissisme moralisant de Michael Moore, à l’instant où Nanni Moretti ne trouve plus de financements pour continuer à travailler; où Vincent Dieutre n’a pas droit à une aide pour kinescoper son film parce qu’il refuse de le raccourcir au nom des tristes critères de la télévision; où Paul Vecchiali ne peut pas payer ses comédiens parce que le CNC lui refuse l’avance sur recette, ses films n’étant pas "suffisamment commerciaux".
Quelque chose prend feu mais peut-être que le cinéma n’a jamais vécu autrement qu’en danger, avec une certaine menace de disparition. Peut-être que les choses ont toujours été comme ça. Dans tous les cas, je n’ai pas envie d’être pessimiste.
Je ne veux pas être pessimiste parce que ce film m’a rappelé que le cinéma est avant toute chose un acte de résistance, que c’est lorsque les choses deviennent difficiles qu’il devient essentiel de filmer, de faire des films "malgré tout" et malheureusement des fois, "malgré tous"… Vincent Dieutre, qui parle de ses films aussi bien qu’il les fait, appelle ça "le tiers cinéma". Je dirais que le "tiers cinéma" est, dans ce cas, celui qui se nourrit le mieux. Celui qui sait digérer ses références, être cultivé sans se reposer sur son savoir, s’inscrire dans une lignée sans se mettre des étiquettes…
Face aux plans fixes de Bologna Centrale, on a l’impression d’assister à la sortie des usines filmée par les frères Lumière, on a l’impression que Vincent Dieutre est en train d’inventer, de découvrir et de nous faire découvrir le cinéma en tant qu’art de l’enregistrement. Dieutre nous rappelle également l’importance politique de poser sa caméra "ici et maintenant" comme peu de cinéastes le font de nos jours. Oui, c’est indiscutable, le cinéma est un acte de résistance face à une réalité qui ne nous convient pas, qui ne suffit pas. La fenêtre qu’ouvre Vincent Dieutre nous montre un territoire du présent rempli de blessures du passé. Il y a l’exploration d’un territoire meurtri - la conscience italienne explosée en mille morceaux après l’attentat néofasciste contre la gare de Bologne pendant les années 80 – puis aussi celui du souvenir – l’odeur du tabac sur les lèvres de l’homme qu’il embrasse pour la première fois. Le tout montré sans toute cette complaisance qui gangrène une partie considérable du cinéma "pseudo social" de nos jours. Dans un film de Michael Moore, la révolte dure le temps d’une projection. Tout est fait pour que le spectateur sorte du cinéma en ayant l’impression cathartique d’avoir réalisé un exploit, ou dans tous les cas d’avoir bien lavé sa conscience. Dans les films de Vincent Dieutre, la révolte dure le temps d’une vie. "Ils n’en ont plus pour longtemps, ou sinon c’est moi qui n’en ai plus pour longtemps" dit-il en parlant de ceux qui ont désolé cette Italie qu’il a tant aimé.
On appartient peut-être aux endroits où l’on a aimé. Voilà ce que je me suis dit face à Mon Voyage d’hiver puis face à Bologna Centrale. C’est dans ce sens que l’Italie de Dieutre est filmée de l’intérieur. Dieutre filme un territoire qui lui a appartenu et auquel il a appartenu, un territoire qu’on lui a volé. Au moment où des gens comme Marco Bellocchio ont la mauvaise idée de faire des mea culpa gauchistes en pleine Italie berlusconienne, Dieutre pose un regard juste et sévère sur le pays dans lequel il a découvert l’amour entre hommes pour la première fois.
Jean Renoir disait qu’on ne parle jamais mieux de soi qu’en parlant des autres. Dans ses films, Vincent Dieutre inverse cette logique. Il parle de lui pour mieux parler des autres, de ceux qu’il a aimés. Pas une ombre de narcissisme dans ce cinéma. L’intime va vers le politique, le moi vers le toi… Et puis malgré tout, ce film reste avant toute chose un chant d’amour, le récit d’un transport amoureux. Sandro, amore mio… Dieutre s’adresse en italien à son amant disparu. Il y a une logique absolument musicale dans ce film, quelque chose dans le son qui va du constat trivial à l’emportée lyrique. A travers un dictaphone, la voix charnelle du cinéaste nous transporte ailleurs, vers un autre temps. Loin d’illustrer ce qui nous apparaît à l’image, le son nous raconte une autre histoire qui finit par converger avec celle que nous a racontée l’image. Dieutre se sert du Super 8 muet pour se placer quelque part à équidistance entre le présent et le souvenir.
Pour Truffaut les grands films étaient ceux qui donnaient à la fois une vision profonde de la vie et du cinéma. Bologna Centrale est de ceux-là.

 
         
 


La Educacion del Rey

Le Semeur

Carré 35

Le maître est l'enfant

Le Jeune Karl Marx

Des Rêves sans Etoiles

BARRY SEAL American Traffic

Gabriel et la Montagne

Que Dios nos perdone

Un vent de liberté

La Colle

Une femme fantastique

Des Plans sur la Comète

K.O.

Le Christ aveugle

Cessez-le-feu

L'Homme aux mille visages

Corporate

LONDON HOUSE

Citoyen d honneur

Traque à Boston

Les Fleurs bleues

Nous nous marierons

LUMIERE !

Corniche Kennedy

La Mécanique de l'Ombre

La grande Muraille

Ouvert la Nuit

Nocturnal Animals

Fais de beaux Rêves

Go Home

Le Voyage au Groenland

ABLUKA (Suspicions)

Theeb

TANNA

Les Beaux Jours d'Aranjuez

La Philo vagabonde

DOGS

Brooklyn Village

CLASH

Sieranevada

Juillet Août

Sur quel pied danser

The Witch

Montanha

The Whole Gritty City

TOUT s'accélère

Paulina

Free to Run

Volta a Terra

Médecin de campagne

Jodorowsky s Dune

Le Chant du merle

Room

Des nouvelles de la planète Mars

Tempête

Ave, César

Sleeping Giant

El Clan

La Terre et l'Ombre

Steve Jobs

45 ans

Danish Girl

J'avancerai vers toi avec les yeux d'un sourd

La Fille du patron

Je vous souhaite d'être follement aimée

A peine j'ouvre les yeux

My skinny Sister

BELLE et SEBASTIEN l'aventure continue

Dis Maîtresse !

Je suis un soldat

Le fils de Saul

Capitaine Thomas Sankara

ERTAN ou La destinée

Edmond, portrait de Baudoin

Ni le Ciel ni la Terre

Red Rose

Des Apaches

Une Seconde Mère

Le Retour de Fabiola

L'année prochaine

Le Monde de Nathan

Titli, une chronique indienne

L'ECHAPPEE A la poursuite d'Annie Le Brun

Le Tournoi

Le Dos Rouge

Les Optimistes

10.000 km

Une Belle Fin

JACK

Arnaud fait son 2e Film

NINGEN

BLIND

ANTON TCHEKHOV 1890

Le Dernier Coup de marteau

Le Grand Musée

Things people do

Les Merveilles

Rendez-vous à Atlit

Juillet de sang

Zouzou

Terre battue

Amours Cannibales

Ceci est mon Corps

De la Neige pour Noël

POLE EMPLOI, ne quittez-pas !

Mary Queen of Scots

' 71

The Boxtrolls

HERITAGE FIGHT

SHIRLEY visions of reality

MAESTRO

HIPPOCRATE

Les soeurs Quispes

Bird People

MICHAEL HANEKE profession Réalisateur

May in the Summer

Night Moves

Melaza

BABYSITTING

Conversation animée avec Noam Chomsky

La Braconne

Dancing in Jaffa

47 Rônin

Closed Circuit

DARK TOUCH

La Femme du Ferrailleur

Bethléem

C'est eux les Chiens

TONNERRE

MINUSCULE La Vallée des Fourmis Perdues

All is lost

Blank City

Je fais le mort

The Lunchbox

Henri

Amazonia

Une femme douce

Prince of Texas

Avec Dédé

Omar

Shérif Jackson

VANDAL

Papa vient dimanche

Frances Ha

La Communauté du feu rouge

L'Autre Vie de Richard Kemp

Liv & Ingmar

Une Vie Simple

MUD Sur les rives du Mississipi

La Sirga

Les Lendemains

La Playa D.C.

Oblivion

Le Repenti

Amour et Turbulences

Cloud Atlas

PIERRE RABHI Au Nom de la Terre

Mystery

Camille Claudel 1915

40 ans, mode d'emploi

FLIGHT

Des Abeilles et des Hommes

Elefante Blanco

Antiviral

Tu honoreras ta mère et ta mère

Pas très normales activités

Hiver Nomade

Wadjda

Blancanieves

Rendez-vous à Kiruna

Mariage à Mendoza

Mon père va me tuer

Par amour

Une Estonienne à Paris

Le Monde de Charlie

TOMI UNGERER L'esprit frappeur

ANNA HALPRIN - Le Souffle de la Danse

MARINA ABRAMOVIC The Artist is Present

Héritage

Les Invisibles

Les Cinq Légendes

The Brooklyn Brothers

Little Bird

La Chasse

VILLEGAS

Une Famille Respectable

La Vierge, les Coptes et moi

Vous n'avez encore rien vu

COMPLIANCE

For Ellen

Le Jour de la Grenouille

BOY

THE WE AND THE I

Summertime

El Campo

Une seconde femme

Les Femmes du Bus 678

Contrebande

L'Amour et rien d'autre

Tue-moi

Querelles

La Nuit nomade

Perfect Sense

La Terre outragée

30 Beats

Aloïs Nebel

OSLO 31 Août

Sécurité rapprochée

EN SECRET

Jeux d'été

Une Bouteille à la Mer

Tatsumi

Hanezu l'esprit des Montagnes

Another Happy Day

ELLES

J.EDGAR

L'OISEAU

Le Projet NIM

Take Shelter

LE HAVRE

Corpo celeste

Echange standard

Hugo Cabret

Hell and back again

Le Voyage extraordinaire

Sweet Grass

MISSION : IMPOSSIBLE Protocole fantôme

Des Vents contraires

Shame

Footnote

Americano

Le Chat Potté

Le Casse de Central Park

Sleeping Beauty

Jeanne captive

Michael

Bonsaï

Mon pire cauchemar

Polisse

The Artist

DRIVE

We need to talk about Kevin

Habemus Papam

Trois fois vingt ans

Mes Meilleures Amies

Happy, happy

Les deux chevaux de Gengis Khan

La Mujer sin Piano

Balada Triste

Une séparation

Le Complexe du Castor

Into Eternity

Des filles en noir

Le Secret de Charlie

 
   
> Sommaire des critiques
> Carnet de notes
> Version imprimable

> Notes de la rédaction
   R. Lefèvre Assez favorable
   M. Buch Très favorable