It’s All About Love

Film danois de Thomas Vinterberg

Avec Joaquin Phoenix, Claire Dane

Festival de film de Berlin 2003 HORS COMPETITION
 
   

Par Victor Aumont


Durée: 1h44

 
 
   

Nouveau romantisme

It’s All About Love fait partie de ces films qui posent les vraies questions, de cinéma ou pas: qu’est-ce que l’homme moderne? Comment rendre compte de l’état mental du monde? Quelle forme d’expression peut-elle convenir à la représentation du " futur " dans lequel, sans nous en apercevoir suffisamment, nous vivons déjà? En même temps qu’il ouvre la voie à une nouvelle formulation du cinéma contemporain, Vinterberg redéfinit son rapport avec lui. Adieu, Dogma.

Ce n’est pas un hasard si, à l’instar de Trouble Every Day (Claire Denis), ou de Demonlover (Olivier Assayas), It’s All About Love qui, lui aussi, bouleverse la notion de genre, commence par une scène d’avion en vol, " au milieu de nulle part ", dans les limbes de la séparation. Dans l’avion - lieu d’apesanteur et métaphore de l’impuissance - l’altitude, en dépit de l’éloignement de la terre, ouate le passager d’un fatalisme serein et d’un sentiment de sécurité: " le tranquillisant ", confiera Marciello (Sean Penn), " était si puissant ", qu’il continue d’agir après l’atterrissage. A quoi ressemble ce voyage? Interrogation excluant toute psychologie.

" C’était la dernière semaine de ma vie ", annonce la voix off de John Marciewski (Joachim Phenix). De transit à New York, John rejoint sa femme pour signer l’acte de divorce. Elena (Clarie Danes, l’accent polonais lui sied bien) est une star mondiale de patinage artistique. Autour d’elle gravitent managers, avocats, entraîneurs; son frère, Michael, ainsi qu’une amie de longue date, Betsie. Ils se disent tous de la " famille ". En réalité, ils estiment qu’Elena leur appartient. Affaiblie par une maladie du cœur, celle-ci se sent menacée et supplie John de rester auprès d’elle. Lorsque John rencontre un, puis des clones d’Elena, puis comprend qu’ils sont là pour la remplacer, il entraîne Elena dans la fuite… It’s All Love avance toujours avec fluidité, Vinterberg inscrivant à sa manière les longues boucles de sa signature sur la surface glacée de son film, dérapant quelques fois.

En 2021, les rues de New York se ressemblent. A quoi bon ajouter des étages aux gratte-ciels? Rendre le verre plus transparent, faire voler les voitures? La science fiction, on y baigne. Le futur ne réside pas dans l’architecture; il est tout entier dans de vertigineux détails, les monstrueux phénomènes " naturels ". Avec un effroi pareil à de l’indifférence, les gens enjambent des cadavres morts de carence affective qui traînent par terre, en bas des escalators, dans les parcs, dans les poubelles. Ce sont les hommes de trop, dont même la mort est superflue, rebuts inutiles à l’ère de la reproductibilité humaine.

Le phénomène planétaire, c’est le dérèglement du système bioclimatique. En juillet, il neige partout sur terre. L’eau qui stagne gèle la nuit. A Uganda survient un phénomène cosmique encore inexplicable, à la une des informations: les gens s’envolent. Et simultanément la grâce est pesanteur, mouvement descendant.

En s’endormant, John revoit, floues, les images ocres et noires de l’Afrique, qui paie depuis toujours la note pour l’Occident. C’est aussi sur elle que retomberont les conséquences de la catastrophe écologique.

Les hommes de trop, un déséquilibre cosmique, l’Afrique: Vinterberg met le doigt sur l’essentiel. Notre époque est celle de la connexion planétaire, qui signifie perte de médiation; à l’échelle humaine, perte de l’épaisseur de la vie. Le chaos, désormais, c’est de vivre dans l’espace. L’abolition des saisons, en outre, implique la stérilité. " Le désordre peut être beau ", dit un des personnages. Beau, certainement, car le monde devient de plus en plus abstrait, de plus en plus immédiatement métaphysique. Viable, non.

La production continue, dépense ininterrompue d’énergie, pervertit aussi la famille. Un des clones d’Elena s’appelle Milica… De fait, l’entourage d’Elena évoque une police secrète. La famille est dévorée par un désir de possession. A cet égard, la garde rapprochée d’Elena rappelle la famille de Festen. Les enfants sont victimes du fantasme des parents qui veulent prendre le contrôle total de leur progéniture. Possession qui touche également les clones polonaises: l’Est est vendu à l’Ouest.

L’amour est une force, non un pouvoir; il ne sauve pas. En reformant leur couple, John et Elena ont récrée la cellule amoureuse, impénétrable. L’apparente naïveté de cette réplique est à la mesure de la lucidité du constat. Si l’amour a pris un sens emphatique, dépassant tous les clichés romantiques, c’est que, comme a dit Vinterberg à la conférence de presse, " le monde est lui-même un cliché mélodramatique ". L’évolution du monde tend à supprimer l’anecdotique; ainsi est mise à nu, parmi les autres sentiments, la densité existentielle de l’amour. La femme aimerait retrouver en l’homme un compagnon, un protecteur. Avouer sa vulnérabilité est une façon de surmonter la séparation. La dernière image d’Uganda, ce sont des hommes suspendus dans l’air, retenus aux sols par des ficelles.

La tempête passée, la crête des montagnes à perte de vue découpe nettement l’horizon. Il n’y a aucun espoir. La mort d’Elena rappelle beaucoup celle de Jack dans Titanic. Il est doux de mourir de froid. John suivra Elena. C’est une mort des amants.

 
         
 


L'Echange des Princesses

A Ghost Story

The Florida Project

LUCKY

La Promesse

La Educacion del Rey

Le Semeur

Carré 35

Le maître est l'enfant

Le Jeune Karl Marx

Des Rêves sans Etoiles

BARRY SEAL American Traffic

Gabriel et la Montagne

Que Dios nos perdone

Un vent de liberté

La Colle

Une femme fantastique

Des Plans sur la Comète

K.O.

Le Christ aveugle

Cessez-le-feu

L'Homme aux mille visages

Corporate

LONDON HOUSE

Traque à Boston

Citoyen d honneur

Les Fleurs bleues

Nous nous marierons

LUMIERE !

Corniche Kennedy

La Mécanique de l'Ombre

La grande Muraille

Ouvert la Nuit

Nocturnal Animals

Fais de beaux Rêves

Go Home

Le Voyage au Groenland

ABLUKA (Suspicions)

Theeb

TANNA

Les Beaux Jours d'Aranjuez

La Philo vagabonde

DOGS

Brooklyn Village

CLASH

Sieranevada

Juillet Août

Sur quel pied danser

The Witch

Montanha

The Whole Gritty City

TOUT s'accélère

Paulina

Free to Run

Volta a Terra

Médecin de campagne

Le Chant du merle

Jodorowsky s Dune

Room

Des nouvelles de la planète Mars

Tempête

Ave, César

Sleeping Giant

El Clan

Steve Jobs

La Terre et l'Ombre

45 ans

J'avancerai vers toi avec les yeux d'un sourd

Danish Girl

La Fille du patron

Je vous souhaite d'être follement aimée

A peine j'ouvre les yeux

My skinny Sister

BELLE et SEBASTIEN l'aventure continue

Dis Maîtresse !

Je suis un soldat

Capitaine Thomas Sankara

Le fils de Saul

ERTAN ou La destinée

Edmond, portrait de Baudoin

Ni le Ciel ni la Terre

Red Rose

Des Apaches

Le Retour de Fabiola

Une Seconde Mère

L'année prochaine

Le Monde de Nathan

Titli, une chronique indienne

L'ECHAPPEE A la poursuite d'Annie Le Brun

Le Tournoi

Le Dos Rouge

Les Optimistes

10.000 km

Une Belle Fin

JACK

Arnaud fait son 2e Film

NINGEN

BLIND

ANTON TCHEKHOV 1890

Le Dernier Coup de marteau

Le Grand Musée

Things people do

Les Merveilles

Rendez-vous à Atlit

Juillet de sang

Zouzou

Amours Cannibales

Terre battue

Ceci est mon Corps

De la Neige pour Noël

POLE EMPLOI, ne quittez-pas !

Mary Queen of Scots

' 71

The Boxtrolls

HERITAGE FIGHT

SHIRLEY visions of reality

HIPPOCRATE

MAESTRO

Les soeurs Quispes

Bird People

MICHAEL HANEKE profession Réalisateur

May in the Summer

Night Moves

Conversation animée avec Noam Chomsky

BABYSITTING

Melaza

La Braconne

Dancing in Jaffa

47 Rônin

Closed Circuit

DARK TOUCH

La Femme du Ferrailleur

Bethléem

C'est eux les Chiens

MINUSCULE La Vallée des Fourmis Perdues

TONNERRE

All is lost

Blank City

Je fais le mort

The Lunchbox

Henri

Amazonia

Une femme douce

Prince of Texas

Avec Dédé

Omar

Shérif Jackson

VANDAL

Papa vient dimanche

Frances Ha

La Communauté du feu rouge

L'Autre Vie de Richard Kemp

Liv & Ingmar

Une Vie Simple

MUD Sur les rives du Mississipi

La Sirga

La Playa D.C.

Les Lendemains

Oblivion

Le Repenti

Amour et Turbulences

PIERRE RABHI Au Nom de la Terre

Cloud Atlas

Mystery

Camille Claudel 1915

40 ans, mode d'emploi

FLIGHT

Des Abeilles et des Hommes

Elefante Blanco

Tu honoreras ta mère et ta mère

Antiviral

Pas très normales activités

Hiver Nomade

Wadjda

Blancanieves

Rendez-vous à Kiruna

Mariage à Mendoza

Mon père va me tuer

Par amour

Une Estonienne à Paris

TOMI UNGERER L'esprit frappeur

Le Monde de Charlie

Héritage

MARINA ABRAMOVIC The Artist is Present

ANNA HALPRIN - Le Souffle de la Danse

Les Invisibles

Les Cinq Légendes

The Brooklyn Brothers

Little Bird

La Chasse

VILLEGAS

Une Famille Respectable

La Vierge, les Coptes et moi

Vous n'avez encore rien vu

COMPLIANCE

For Ellen

BOY

Le Jour de la Grenouille

THE WE AND THE I

Summertime

El Campo

Une seconde femme

Les Femmes du Bus 678

Contrebande

L'Amour et rien d'autre

Tue-moi

Querelles

La Nuit nomade

La Terre outragée

Perfect Sense

30 Beats

Aloïs Nebel

OSLO 31 Août

Sécurité rapprochée

Une Bouteille à la Mer

Jeux d'été

EN SECRET

Tatsumi

Another Happy Day

Hanezu l'esprit des Montagnes

L'OISEAU

J.EDGAR

ELLES

Le Projet NIM

Take Shelter

LE HAVRE

Echange standard

Corpo celeste

Hugo Cabret

Hell and back again

Des Vents contraires

MISSION : IMPOSSIBLE Protocole fantôme

Sweet Grass

Le Voyage extraordinaire

Footnote

Shame

Americano

Le Chat Potté

Le Casse de Central Park

Sleeping Beauty

Jeanne captive

Michael

Mon pire cauchemar

Bonsaï

Polisse

The Artist

DRIVE

We need to talk about Kevin

Habemus Papam

Trois fois vingt ans

Mes Meilleures Amies

Happy, happy

La Mujer sin Piano

Les deux chevaux de Gengis Khan

Le Complexe du Castor

Une séparation

Balada Triste

Into Eternity

Le Secret de Charlie

Des filles en noir

 
   
> Sommaire des critiques
> Carnet de notes
> Version imprimable

> Lire également
   It's all about love

> Notes de la rédaction
   C. Chauvin Favorable
   R. Lefèvre Favorable
   L. Bonnecarrère Favorable