Film
choc, Bella Ciao est l’un des deux documentaires présentés
à Cannes sur les manifestations contre le sommet du
G8 à Gênes du 16 au 22 juillet 2001.
Le
film s’appuie sur des images implacables filmées par
des dizaines de journalistes de la RAI, la télévision
italienne. Il montre comment la manifestation anti-mondialisation
pacifique prévue au départ tourne à la
confrontation entre des manifestants non violents et sans
défense (pour la plupart) et la police, qui ne s’est
pas contentée d’éviter les débordements.
Elle s’est employée aussi à tabasser toute personne
présente à coups de matraque. Les images parlent
d’elles-mêmes !
Premier plan : caméra
à l’épaule, un journaliste filme une place en proie au chaos ;
à l’arrière plan, on aperçoit une masse de carabiniers
italiens qui se lancent à l’assaut d’une ruelle. Soudain, on entend un
cri : le pire est arrivé, le silence se fait peu à peu, le
corps du jeune Carlo Giuliani est étendu par terre, inerte. Cette image
restera longtemps gravée dans nos mémoires comme l’apogée
de la violence et des conflits, qui se sont soldés par l’irruption de
la police au siège de la Presse du Forum Social de Gênes, réunissant
des centaines de journalistes d’associations et syndicats différents.
Même si aucun journaliste n’a réussi à y entrer cette nuit-là,
les traces de sang sur les murs et le défilé des brancards servent
à suggérer les atrocités et les tortures infligées
par les policiers.
D’autre part, la succession
d’images - parfois insoutenables - de manifestants non violents tabassés
sans raison, pendant que les " black block " (des participants
qui viennent pour tout casser) sévissent aux quatre coins de la ville,
montre bien qu’il ne s’agissait pas de bavures policières mais bien d’une
vaste entreprise gouvernementale de criminalisation des opposants aux G8. Les
grands gouvernements ont ainsi répondu à l’opinion publique en
exhortant la police à faire dégénérer la manifestation
pour montrer au monde entier, par l’intermédiaire des médias,
la violence des participants afin de discréditer le mouvement grandissant
de contestation. Et c’est en cela que le film s’affirme comme une preuve irréfutable
de la manipulation.
Bella Ciao est
donc un film dur, choquant, mais qui ne trompe pas et, en attendant de trouver
un distributeur, devrait faire sacrément réfléchir. Du
moins, on l’espère !