Amen

Film français de Constantin Costa-Gavras

Avec Ulrich Tukur, Mathieu Kassovitz

 
   

Par Clémentine Gallot

 
 
   

La croix et la bannière

Le nazisme et les institutions religieuses,
un SS et un prêtre catholique, la passivité et la lutte : tel est le sujet du dernier film de Costa-Gavras qui a déjà suscité une polémique avant
sa sortie. En effet, l’affiche du film représente la fusion de la croix gammée avec la croix du Christ. Le réalisateur déclarait récemment n’avoir aucune intention provocatrice - ce qu’on peut regretter -, et disait que l’Eglise avait accepté que la croix cohabite pendant plus de dix ans avec le système nazi [
] et cela correspond au problème posé par
le film, à savoir la responsabilité et la passivité du Vatican lors du génocide des Juifs et des Tziganes
.

Gavras s’inspire du destin de Kurt Gerstein (qu’interprète Ulrich Tukur), SS et chimiste, forcé de participer à l’élimination des " parasites ", tout en n’ayant de cesse de dénoncer les crimes nazis. Il fut réhabilité vingt ans après sa mort et contribua à l’authentification de l’holocauste. En face de lui est inventé le personnage du jeune jésuite, adjoint du Cardinal, Riccardo Fontana (Mathieu Kassovitz), symbole de tous les religieux qui ont refusé la collaboration. Chacun de ces deux hommes est un maillon d’un système, et, comme souvent dans les films de Costa Gavras, chacun lutte contre une immense machine politique.

Extrêmement complexe, Amen met en scène les relations qui unissent l’Allemagne nazie, le Vatican, les Etats Unis, et la Russie communiste à ce moment-là. L’ambition du film est la suivante : à l’échelle internationale, comment des hommes seuls peuvent-ils faire évoluer les situations ? Costa Gavras est épaulé par le scénariste J-C Grumberg, qui a fait ses preuves sur de tels sujets (avec L’Atelier notamment) et s’inspire aussi d’une pièce, Le Vicaire de Rolf Hochhuth, qui souleva l’indignation des Catholiques : le journal du Vatican, Osservatore Romano, qualifiait, en 1963, le texte d’œuvre théâtrale absurde contre l’œuvre pacifique de Pie XII.

Dans une course folle pour sauver des vies, les deux personnages se trouvent aux prises avec l’Eglise, montrée ici comme une véritable machine politique et diplomatique, sans aucun rôle moral ou éthique : pire, elle est complice par son silence. Le Pape, icône vivante et intouchable, trône au dessus des événements avec une indifférence et une insouciance totales, songeant seulement à ses colibris, livres et peintures, compatissant au sort de la veuve et de l’orphelin à travers des discours lénifiants. Là est toute l’habilité du film : il montre de l’intérieur du Vatican les manifestations de la passivité de l’Eglise. Le jeune Riccardo saisit cette contradiction qui le révolte : il est impossible au chrétien d’être à la fois pleinement " de ce monde " et de prétendre s’en abstraire.

La fiction historique, par définition, astreint à certaines limites, la réalisation est donc un peu classique mais n’en est pas moins audacieuse, et met en œuvre un certain nombre de procédés au service de l’histoire. Le leitmotiv de plans fixes montrant des trains lancés à pleine vitesse exprime la paralysie des deux personnages : parallèle entre la lutte des deux hommes et l’implacable machine de mort à travers le trajet incessant des trains de déportés (pleins à l’aller, vides au retour). La suggestion est une autre figure narrative pour éviter l’écueil du voyeurisme : conduit devant une chambre à gaz, Gerstein est invité à regarder à l’intérieur par un œilleton, et son expression horrifiée suffit à nous éclairer. De même, la présence de dignitaires allemands à une réunion vaticane est signalée par leurs vêtements devant l’entrée : Riccardo ressent alors une violente répulsion et d’un geste de révolte envoie valser manteaux et képis avec sa soutane, comme expression d’un acte qu’il n’arrive pas à réaliser. Par de nombreux effets de décalage, les scènes de déjeuner sont remarquables : sur fond de musique de chambre, chez les nazis comme au Vatican, tous se régalent sans remords. Les religieux considèrent comme malséants les appels à l’aide de Riccardo et ne montrent aucune émotion en regardant la carte des camps d’extermination, une crevette dans la main et la fourchette dans l’autre. Magnifiquement orchestré par un thème de violon haletant, le film permet aussi l’accomplissement de trois acteurs : Ulrich Tukur très juste, rend bien l’ambivalence de son personnage, à la fois inquiétant et intègre, Mathieu Kassovitz formidablement émouvant, doux et déterminé, en jeune prêtre entravé par le poids du destin, et Ulrich Mühe en doktor nazi, figure emblématique de l’ignominie.

Le film est un hymne à la liberté, un procès de l’indifférence, une claque monumentale. Qu’on ne se méprenne pas, Kurt Gerstein, en livrant du gaz Zyclon aux camps de la mort tout en alertant les Alliés et le Vatican n’est ni un lâche, ni un traître, car comme le dit Riccardo : la trahison est parfois la seule arme des justes.

 
         
 


La Educacion del Rey

Le Semeur

Carré 35

Le maître est l'enfant

Le Jeune Karl Marx

Des Rêves sans Etoiles

BARRY SEAL American Traffic

Gabriel et la Montagne

Que Dios nos perdone

Un vent de liberté

La Colle

Une femme fantastique

Des Plans sur la Comète

K.O.

Le Christ aveugle

Cessez-le-feu

L'Homme aux mille visages

Corporate

LONDON HOUSE

Citoyen d honneur

Traque à Boston

Les Fleurs bleues

Nous nous marierons

LUMIERE !

Corniche Kennedy

La Mécanique de l'Ombre

La grande Muraille

Ouvert la Nuit

Nocturnal Animals

Fais de beaux Rêves

Go Home

Le Voyage au Groenland

ABLUKA (Suspicions)

Theeb

TANNA

Les Beaux Jours d'Aranjuez

La Philo vagabonde

DOGS

Brooklyn Village

CLASH

Sieranevada

Juillet Août

Sur quel pied danser

The Witch

Montanha

The Whole Gritty City

TOUT s'accélère

Paulina

Free to Run

Volta a Terra

Médecin de campagne

Jodorowsky s Dune

Le Chant du merle

Room

Des nouvelles de la planète Mars

Tempête

Ave, César

Sleeping Giant

El Clan

La Terre et l'Ombre

Steve Jobs

45 ans

Danish Girl

J'avancerai vers toi avec les yeux d'un sourd

La Fille du patron

Je vous souhaite d'être follement aimée

A peine j'ouvre les yeux

My skinny Sister

BELLE et SEBASTIEN l'aventure continue

Dis Maîtresse !

Je suis un soldat

Le fils de Saul

Capitaine Thomas Sankara

ERTAN ou La destinée

Edmond, portrait de Baudoin

Ni le Ciel ni la Terre

Red Rose

Des Apaches

Une Seconde Mère

Le Retour de Fabiola

L'année prochaine

Le Monde de Nathan

Titli, une chronique indienne

L'ECHAPPEE A la poursuite d'Annie Le Brun

Le Tournoi

Le Dos Rouge

Les Optimistes

10.000 km

Une Belle Fin

JACK

Arnaud fait son 2e Film

NINGEN

BLIND

ANTON TCHEKHOV 1890

Le Dernier Coup de marteau

Le Grand Musée

Things people do

Les Merveilles

Rendez-vous à Atlit

Juillet de sang

Zouzou

Terre battue

Amours Cannibales

Ceci est mon Corps

De la Neige pour Noël

POLE EMPLOI, ne quittez-pas !

Mary Queen of Scots

' 71

The Boxtrolls

HERITAGE FIGHT

SHIRLEY visions of reality

MAESTRO

HIPPOCRATE

Les soeurs Quispes

Bird People

MICHAEL HANEKE profession Réalisateur

May in the Summer

Night Moves

Melaza

BABYSITTING

Conversation animée avec Noam Chomsky

La Braconne

Dancing in Jaffa

47 Rônin

Closed Circuit

DARK TOUCH

La Femme du Ferrailleur

Bethléem

C'est eux les Chiens

TONNERRE

MINUSCULE La Vallée des Fourmis Perdues

All is lost

Blank City

Je fais le mort

The Lunchbox

Henri

Amazonia

Une femme douce

Prince of Texas

Avec Dédé

Omar

Shérif Jackson

VANDAL

Papa vient dimanche

Frances Ha

La Communauté du feu rouge

L'Autre Vie de Richard Kemp

Liv & Ingmar

Une Vie Simple

MUD Sur les rives du Mississipi

La Sirga

Les Lendemains

La Playa D.C.

Oblivion

Le Repenti

Amour et Turbulences

Cloud Atlas

PIERRE RABHI Au Nom de la Terre

Mystery

Camille Claudel 1915

40 ans, mode d'emploi

FLIGHT

Des Abeilles et des Hommes

Elefante Blanco

Antiviral

Tu honoreras ta mère et ta mère

Pas très normales activités

Hiver Nomade

Wadjda

Blancanieves

Rendez-vous à Kiruna

Mariage à Mendoza

Mon père va me tuer

Par amour

Une Estonienne à Paris

Le Monde de Charlie

TOMI UNGERER L'esprit frappeur

ANNA HALPRIN - Le Souffle de la Danse

MARINA ABRAMOVIC The Artist is Present

Héritage

Les Invisibles

Les Cinq Légendes

The Brooklyn Brothers

Little Bird

La Chasse

VILLEGAS

Une Famille Respectable

La Vierge, les Coptes et moi

Vous n'avez encore rien vu

COMPLIANCE

For Ellen

Le Jour de la Grenouille

BOY

THE WE AND THE I

Summertime

El Campo

Une seconde femme

Les Femmes du Bus 678

Contrebande

L'Amour et rien d'autre

Tue-moi

Querelles

La Nuit nomade

Perfect Sense

La Terre outragée

30 Beats

Aloïs Nebel

OSLO 31 Août

Sécurité rapprochée

EN SECRET

Jeux d'été

Une Bouteille à la Mer

Tatsumi

Hanezu l'esprit des Montagnes

Another Happy Day

ELLES

J.EDGAR

L'OISEAU

Le Projet NIM

Take Shelter

LE HAVRE

Corpo celeste

Echange standard

Hugo Cabret

Hell and back again

Le Voyage extraordinaire

Sweet Grass

MISSION : IMPOSSIBLE Protocole fantôme

Des Vents contraires

Shame

Footnote

Americano

Le Chat Potté

Le Casse de Central Park

Sleeping Beauty

Jeanne captive

Michael

Bonsaï

Mon pire cauchemar

Polisse

The Artist

DRIVE

We need to talk about Kevin

Habemus Papam

Trois fois vingt ans

Mes Meilleures Amies

Happy, happy

Les deux chevaux de Gengis Khan

La Mujer sin Piano

Balada Triste

Une séparation

Le Complexe du Castor

Into Eternity

Des filles en noir

Le Secret de Charlie

 
   
> Sommaire des critiques
> Carnet de notes
> Version imprimable

> Lire également
   Constantin Costa-Gavras

> Notes de la rédaction
   A. Fischmeister Très favorable