Je suis perplexe devant Marie-Jo,
car je n’adhère pas beaucoup au film, mais j’ai des scrupules
vis-à-vis de Robert Guédiguian qui poursuit son œuvre
marseillaise, incarnée par sa fidèle troupe d’acteurs.
Comment ne pas soutenir cette entreprise rare qui permet d’échapper
à l’impérialisme parisien ou cosmopolite et qui nous propose
une autre réalité française trop souvent absente
de nos écrans ?
A part l’exception Pagnol qui nous hante,
les tentatives de cinéma provincial sont pratiquement inexistantes
puisque le centralisme a agglutiné l’industrie cinématographique
dans la région parisienne où sont réunis les plateaux,
les laboratoires, les sites de post-production... et les comédiens.
L’idée d’un Hollywood français situé à Nice
est vieille comme le Cinéma, mais les Studios de la Victorine
ont toujours vivoté, car les Productions ne pouvaient s’installer
durablement si loin, alors que bon nombre d’acteurs jouaient le soir
dans les théâtres parisiens.
Jacques Demy, André Téchiné
ou Manuel Poirier ont souvent situé leurs films en province,
mais aucun n’a ancré aussi exclusivement son œuvre dans une seule
ville comme le fait Guédiguian pour Marseille, entouré
des mêmes comédiens d’un film à l’autre. La troupe
d’acteurs et la production locale de Marcel Pagnol étaient exceptionnelles,
mais son talent d’auteur dramatique aussi. Ce n’est, malheureusement,
pas le cas de Robert Guédiguian dont le scénario est souvent
le point faible. Il y a des films inspirés comme À
la Vie à la Mort, Marius et Jeannette ou La Ville
est tranquille et il y a les autres où l’histoire est petite,
toute petite et où le film s’étire, s’étire… Marie-Jo
appartient plutôt à cette catégorie. Cette dame
qui ne peut choisir entre son mari et son amant durant deux heures finit
par nous lasser. De plus, on devrait interdire l’usage du téléphone
portable, non seulement aux spectateurs, mais également aux acteurs,
car son emploi abusif souligne les paresses d’un scénario chétif.
Bizarrement, les retrouvailles avec
les comédiens habituels de la troupe suscitent, pour une fois,
un malaise qui enlève de la crédibilité au réalisme
que recherche Guédiguian. Selon les films, le chômeur devient
dealer ou pilote du port, le chauffeur de taxi se transforme en maçon
et la fille morte d’une overdose ressuscite miraculeusement, pétante
de santé. Le talent des acteurs n’est pas en cause mais, les
films s’accumulant, je pense que des inconnus, renouvelés pour
chaque film, serviraient mieux le projet du réalisateur en nous
faisant croire à l’authenticité de leurs personnages et
de leurs conflits.
Reste le cas Ariane Ascaride. Je suis
toujours touché par le lien qui existe entre un metteur en scène
amoureux et son actrice : les exemples abondent dans l’histoire
du cinéma. Au début, j’ai été séduit
par la découverte de cette noiraude atypique qui tranchait avec
les conventions du glamour. A présent, je suis de plus en plus
gêné par le terrain qu’elle occupe, la caméra qu’elle
accapare, l’étalement de tout son arsenal, du rire aux larmes,
l’ombre qu’elle finit par porter aux autres comédiens, la sensation
que tout cela vise à décrocher un Prix d’Interprétation
permanent.
Ces réserves ne veulent pas condamner
le parcours d’un réalisateur qui mérite amplement d’être
soutenu, mais tentent de souligner les limites d’une entreprise qui
devrait trouver un second souffle en sortant des rails de la redite
qui commence à la menacer.