Francis Nielsen : Persepolis

Festival d'Annecy 2007

 
   
En présence de Francis Nielsen, Marc Jousset (responsable technique), Frank Myet (responsable du traçage).

Par Anaïs Jurkiewicz-Renevier
27-06-2007  
 
   

Les débuts
Marjane Satrapi a proposé il y a quelques années son projet à Marc Jousset qui a immédiatement accepté. Faire un dessin animé à partir de la BD Persepolis était un projet ambitieux, le fond (traitement peu évident d'un sujet d'actualité) et la forme (animé en noir et blanc) étaient peu courants. Après avoir recherché des producteurs/distributeurs, l'équipe a décidé de créer un nouveau studio à Paris. Toutes les tâches y sont regroupées (pas de délocalisation), ce qui a simplifié le travail de l'équipe qui pouvait se réunir plus facilement en cas de problème ou d'idée nouvelle. L'équipe compte 90 personnes dont 1/3 sort fraîchement de trois grandes écoles d'animation.

L'histoire
Il s'agit d'un condensé des quatre tomes de la bande dessinée éponyme, avec des passages supprimés mais également des épisodes inédits. C'est donc "la même histoire que la BD mais racontée différemment".

Marjane Satrapi et Vincent Parronaud ( Winhschluss )
Ces deux dessinateurs issus de la BD indépendante ont tout fait ensemble : le scénario, les dessins… On retrouve dans les dessins la griffe de chacun d'eux.
Ils sont très différents l'un de l'autre : Marjane est extravertie et si elle avait réalisé un film cela aurait été un "film d'art et essai, à la Bergman mais en pire" tandis que Vincent est plus réservé et aurait plutôt réalisé un film d'action. Marjane estime que leur travail en commun a prouvé qu'au-delà de la pseudo-diversité des cultures une réelle rencontre était possible.

L'animation traditionnelle
Après quelques essais d'animation en 3D et en 2D par palette graphique, le choix de l'animation s'est porté vers la méthode traditionnelle du dessin à la main. Selon Marjane Satrapi le dessin fait main représente beaucoup plus le côté humain et ses imperfections que la machine. Ainsi la forme a été mise au service du propos. Une partie de l'animation a cependant été faite en flash. Il s'agit d'un choix assumé du responsable technique qui estime qu'il n'y a "pas de mauvais outils mais que des bons artistes". la machine a donc permis de soutenir le travail traditionnel (plans scannés, rectifiés par ordinateurs…).

Le graphisme
Les références cinématographiques de Marjane (néo-réalisme italien et expressionnisme allemand) et son influence graphique (entre autres, Félix Valloton) l'ont poussée à se diriger vers quelque chose de sobre. L'équipe technique souhaitait elle aussi un dessin simple, pas forcément épuré mais en aucun cas "sur-animé".
Lle choix du noir est blanc présentait un désavantage : il peut provoquer un effet de stroboscopie. Il était nécessaire de mettre de la matière dans les décors pour éviter cela. Malgré le "remplissage" des décors le style sobre, presque épuré de Marjane a toujours été respecté.

Le mouvement
Il est extrêmement difficile de penser le passage de la forme figée du papier au mouvement de l'écran. Marjane avait une idée très précise du mouvement qu'elle souhaitait donner à ses personnages. Elle les mimait devant les animateurs qui respectaient ses envies tout en ajoutant parfois une idée, une petite touche ou une petite subtilité. Francis Nielsen utilise le terme de "Motion capture intellectuel" pour définir ce travail.

Le traçage
L'équipe de traçage comprenait beaucoup de jeunes travailleurs, vingt-deux traceurs en tout, dont trois hommes. Ils ont travaillé avec des feutres, essayant de respecter le désir de Vincent qui souhaitait un trait "souple mais tendu" et de Marjane qui voulait un trait imparfait, "pas automatique ni systématique". L'équipe de traçage a rencontré deux problèmes : choisir la bonne épaisseur de trait pour chaque dessin (souvent imprévisible !) et trouver un équilibre entre le noir et le blanc.

Le délai
Le film devait être rendu pour le festival de Cannes, le 31 mars. Bien que le rythme du film ait été retravaillé en cours de route par Vincent qui accordait une importance particulière au découpage, le film était fini le 30 !

Bilan
C'est sur une touche très optimiste que s'est terminée la conférence. Les membres de l'équipe ont prouvé qu'avec un budget "pas hyper lourd", une équipe peu nombreuse et sur un lieu de travail unique, en France, on pouvait réaliser un film d'animation dans les délais !

Questions du public

Pourquoi le film n'est-il pas projeté au festival d'Annecy ?
C'est à la fois un problème logistique (il n'y a pas de copie disponible, Marjane et Vincent, qui font actuellement une tournée de promotion du film en France, les ont toutes gardées) et politique (Cannes a demandé l'exclusivité de la projection jusqu'à la sortie en salle).

Combien de temps prend la technique du traçage ?
Un traceur effectue environ trente dessins par jour. Le plan où Marjane discute avec son oncle (durée vingt-cinq secondes) a demandé vingt jours de travail uniquement sur le personnage de l'oncle (difficulté à tracer ses cheveux !)

Combien de secondes produit par jour un animateur ?
Environ une seconde et demie. A raison de quinze animateurs au début et vingt vers la fin, chaque semaine étaient produites deux à deux minutes et demie de film.

Avez-vous coupé des séquences déjà animées ?
Oui pour des problèmes de montage, mais très peu. Marjane et Vincent ont beaucoup respecté le travail des animateurs. Il travaillaient beaucoup avant le layout (sur l'animatic par exemple) mais apportaient peu de modifications après. Sur mille deux cents plans seuls cinq ou six ont été jetés.

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Mise à jour le 01-09-2008

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