Hitchcock : La corde

 
   


Par Julie Farchi
27-02-2002  
 
   

Résumé du film

Brandon et Philip, deux étudiants de philosophie, partagent un appartement à New York.

Ils décident, en se fondant sur les théories de Nietzsche, d’assassiner - afin de se lancer un défi intellectuel — un de leurs camarades. Ils estiment en effet que celui-ci est un " être inférieur ". Après l’avoir étranglé, et avoir mis le cadavre dans un coffre, ils dressent sur celui-ci la table pour leur petite réception, à laquelle assisteront les proches du défunt, et Rupert, leur ancien professeur nietzschéen.

Le film se déroule dans un seul décor (l’appartement des assassins), et ne comporte quasiment qu’un seul plan (les raccords entre les bobines sont habilement camouflés).

Le thème du crime gratuit

Les jeunes gens ne semblent avoir aucune raison de tuer leur ami. Ainsi, ce meurtre est un crime gratuit " justifié ", (entre autres), par la soi-disant infériorité de David. Ce meurtre peut être rapproché de celui de Raskolnikov dans Crime et Châtiment de Dostoïevski. En effet, tout comme Raskolnikov, Brandon et Philip pensent que le statut de leur victime constitue une justification de leur crime.

(Les deux étudiants new yorkais ont, pour leur part, été influencés par leur professeur de philosophie (James Stewart) qui leur a enseigné les théories nietzschéennes. Invité à la soirée, celui-ci découvrira progressivement, et avec horreur, que ses élèves ont pris ces spéculations au pied de la lettre !)

Les sources philosophiques

Brandon et Philip se réclament des théories de Nietzsche, comme les nazis le feront à leur tour (d’une autre manière). Pourtant, Nietzsche, dans sa théorie du surhomme, ou dans celle des "hommes forts", ne fait pas référence à des criminels. En effet, Nietzsche décrit l'" homme fort " comme un créateur, un homme porteur d’une nouvelle morale liée à la volonté de puissance, faculté à la fois créatrice et destructrice. C’est l’énergie créatrice de la volonté de puissance qui doit conduire l’homme à se transcender vers une nouvelle étape, celle du surhumain. Ainsi, le nihilisme permet de surmonter les valeurs anciennes afin d’ouvrir la voie à un nouveau monde. C’est-à-dire que l’homme va s’affirmer en niant la morale habituelle. En effet, Nietzsche rejette les valeurs morales traditionnelles qui seraient nées, selon lui, du ressentiment : l’homme faible qui ne peut créer et s’affirmer positivement compense son manque de force et son incapacité à agir en adoptant des normes et des valeurs qu’il croit positives mais qui sont réactives.

Des êtres supérieurs ?

C’est pourquoi Brandon et Philip, les héros de La corde, vont rejeter les concepts moraux courants du bien et du juste, qui, d’après eux, ne seraient pas appropriés pour des " êtres supérieurs ". Ils vont donc considérer le crime gratuit comme une sorte de création artistique. En tant qu'"hommes forts", et donc êtres supérieurs, ils rejettent toute conscience morale traditionnelle pour créer une nouvelle "morale", anticonformiste !

L’ivresse de la liberté

Ils veulent également affirmer leur liberté, qu’ils définissent comme le choix de faire le mal. En effet, il peut y avoir dans la méchanceté et le mal comme une ivresse de liberté. Ainsi, selon Nietzsche, le libre arbitre, c’est-à-dire la volonté libre, "est essentiellement le sentiment de supériorité qu’on éprouve à l’égard d’un subalterne". C’est ainsi que se sentant supérieurs, Brandon et Philip pensent pouvoir disposer de la vie de David comme bon leur semble. Ils recréent des valeurs nouvelles en toute liberté, au mépris de toute morale commune.

Conclusion

Brandon et Philip pensent donc que leur prétendue supériorité les dispense de tout concept moral, et que le choix du mal, et donc de la responsabilité qu’ils prennent, leur permet d’affirmer leur liberté. Car les notions de liberté et de responsabilité sont étroitement liées. Hautement responsables de leur crime, sont-ils plus "libres", pour autant, que le commun des mortels ?

 
         
 


Mise à jour le 01-09-2008

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