63è Festival de Cannes
du 12 au 23 mai 2010

 
 

 

 

 

CANNES 2010

Quelques jours ont passé et, déjà, l’importance relative de cet évènement sombre dans l’oubli. Est-il encore d’actualité d’évoquer le Palmarès alors que Roland-Garros a déjà pris la suite ? La Palme d’Or du malicieux Président Tim a donc couronné un film thaï dont personne n’arrivera jamais à mémoriser le titre français (ni thaï) : Lung Boonmee raluek chat. Nous verrons bien si le public confirmera ce choix. La seule surprise agréable du cru 2010 a été la découverte du Kiarostiami nouveau qui, débarrassé de ses tics habituels, nous a offert Copie Conforme, brillant scénario sur le vrai et le faux appliqué au domaine de l’art et des rapports amoureux, dans une élégante réalisation.

Les Prix d’interprétation n’ont surpris personne, sauf Elio Germano, ex-aequo inattendu de Javier Bardem. D’ailleurs, aucune des récompenses distribuées aux lauréats ne risquait de provoquer un scandale. Dans cette sage sélection officielle qui puise régulièrement dans le même vivier, chacun a tenu son rôle, même Ken Loach qui a failli manquer la réunion annuelle, a été repêché in extremis à quarante-huit heures du début et ne figurait donc pas dans le programme officiel ! Il est vrai que sans Ken Loach ni de Oliveira, Cannes ne serait plus Cannes…

Laissons donc ces Académiciens se retrouver entre eux et découvrons le seul film original vu durant cette décade riche en projections où j’ai retrouvé le plaisir que peut donner le cinéma quand il y a un cinéaste derrière la caméra. La Quinzaine des Réalisateurs a présenté Le Quattro Volte (les Quatre Fois) de Michelangelo Frammartino, documentaire de 90 minutes consacré à un village calabrais perdu sur un piton. Sans dialogues et sans musique, par la seule vertu de l’image et d’une bande sonore admirablement travaillée, le réalisateur évoque les quatre saisons dans la vie de ce hameau qui semble encore plongé dans le Moyen-Âge à l’ère de l’A-380. Composé de plans presque toujours fixes, avec une caméra située à des points stratégique définis, filmant des habitants généralement vus de loin et des animaux surdoués pour la comédie, Frammartino nous offre un voyage sensible et talentueux, aux antipodes des préoccupations 3D qui envahissent désormais la Croisette (et le reste du monde des exploitants). Le plus étonnant dans ce récit fait de longs plans séquences, c’est le talent des animaux qui « jouent » dans le tempo désiré, durant de longues minutes, sans que le montage intervienne pour alléger l’attente de l’évènement. On imagine évidemment quelle patience et quel métrage de pellicule il faut accumuler pour que ces images - non mises en scène – rapportent autant de trésors imprévisibles, et c’est dans cette sélection qu’intervient le montage, bien entendu. Ce film superbe, dans la lignée des grands documentaristes que furent Flaherty ou Vittorio de Seta, a remporté sans contestation un des prix offerts par la Quinzaine.

Henri Lanoë