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Critique
des films présentés au Festival de Cannes :
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Femme est l'avenir de l'homme
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Sélection :
Quinzaine des réalisateurs, Cannes 2004, (13-14-15 Mai)
Les
expériences de la Quinzaine
« Parler
haut et clair ». Sur la croisette, qui diffuse en
continue bandes-annonces et musiques de films, accrédités
et futurs recalculés se côtoient mais ne se mélangent guère.
À cela viennent s’ajouter les femmes de chambre grévistes
du Carlton : on se prend alors à imaginer nos stars dépeignées,
traînant en savates ou arpentant les couloirs le mégot collé
aux lèvres. A l’heure où Brad et Jenifer gravissaient bravement
les marches troyennes, Pascal Thomas célébrait l’ouverture
de la 36ème Quinzaine des Réalisateurs au Hilton.
« Pour être un réalisateur il faut être un saint »,
déclare t-il.
Débridé.
Si la Quinzaine propose cette année vingt longs métrages,
c’est The taste of tea qui ouvre le bal. Le jeune cinéaste
pop Ishii Katsushito, qui avait réalisé la séquence
manga de Kill Bill, met en scène une famille loufoque
évoluant dans une fable transgénérationnelle et plutôt décalée.
Redessinant une image du Japon déjà mise à mal, le film parvient
à dérider par ses écarts burlesques et son entrelacs narratif.
Le film, qui sécrète dans ses convulsions des relents
de films d’animation - induisant une hybridité formelle -
gêne néanmoins par son aspect fourre tout, semant les - bonnes
- idées comme des feuilles volantes: La saveur du
thé aurait quelque enseignement à tirer du Goût du
saké.
«Je
lave les morts et je me fais arnaquer» déclare une dame
sous sa burka, dans Khab é Talkh. Ce film à
sketchs de l’iranien Amiryoussefi s’organise autour d’une
communauté d’ouvriers d’un cimetière et déroule dans son générique
la liste des macchabées du tournage. Sommeil amer en
français dans le texte - propose sur le mode de variations
caustiques et de critiques acerbes la chronique en DV d’un
vieux fossoyeur grincheux, inquiet à l’approche de sa mort
(reflétée dans son téléviseur). Pleureuses prolixe, personnages
décomposés ou impavides signent, dans chaque séquence, l’éloquence
du cinéma iranien.
A
la dérive. Presque un acte sans parole, le dernier film
de Lisandro Alsonso, aimable coqueluche du nouveau cinéma
argentin, fait la nique aux brindilles de Kiarostami. Luxuriant
mais sans action, succédant à La libertad (Un certain
regard, il y a deux ans), Los muertos entraîne et égare
son spectateur le long d’une expérience sensorielle. « Vargas
sort de prison pour aller retrouver sa fille » nous résume-t-on :
fort de cette promesse, le cinéaste dévide son trajet jusqu’à
la dernière - et stupéfiante - image. Le film s’installe entre
deux pans d’un crime, deux plans sublimes, dont le premier,
reptation au coeur du bruissement sourd d’une cacophonie végétale,
nous guide à travers deux cadavres. Le film nous déposera
en douceur au dernier plan qui en est le prélude. Le suspense
du whodunit ne dure guère, car manifestement, tout
se joue entre ces deux scènes limpides. Dans cette épopée
racée, le climax se situe à l’orée de la rencontre avec un
animal blanc, brebis égarée sur le rivage : suit le dépeçage
en règle de ladite biquette, jugulaire tranchée et jaillissement
de boyaux dans un gargouillis. Los muertos fait
du jugement suspendu sa ligne de force, du discours minimal
sa radicalité. Qui sont ces morts, nous le savons. Pourquoi ?
Au gré d’un tracé sinueux et des indices lâchés au passage,
la réponse s’abolit dans l’effet de sa pure densité.
Teenage
lust. Le vilain Mean Creek, de Jacob Estes vient
alimenter cinq minutes les discussions sur les fictions du
mal et leur origine insondable. Malgré l’éclat ponctuel de
son image déformée, ce premier essai sous le signe de la déliaison
manque de nerfs et ses personnages d’espace pour exister.
Peut-être en réponse au feuilleton policé Dawson’s creek,
le film se trouve lesté de références à ses grands frères
de cinéma : le jeune héros, Rory Culkin, se trouve d’ailleurs
être le cadet du rateur d’avions. Jacob Estes n’est pourtant
pas le premier à aborder l’adolescence comme désastre. D’autant
que le film rappelle autant Larry Clark et Ed Lachman (qui,
au moins, touchent à une certaine vérité) que Harmony Korine
ou les pylônes qui jalonnent Long Island Express Way.
Mean Creek a pour argument rachitique la vengeance
d’une bande de kids menés par deux leaders, Rocky et Clyde,
enfants tordus de l’Ouest américain. Ce voyage fluvial dans
l’Oregon vaseux de Gus Van Sant, est « intellectuellement
de tout repos ». Après avoir poussé un gros garçon dans
la rivière, la bande de jeunes s’agglutine, les yeux rivés
sur le gros tas, dont le corps échoué de cachalot renvoie
aux limites de leur inconséquence. Abandonnant l’ennemi déballonné
sur le rivage, on se retrouve livré à l’égide du « everything
happens for a reason », maigre contorsion scénaristique.
Dear
diary. Après ces jeux d’enfants, alors que s’étend l’ombre
des mauvais garçons d’Almodovar, le
tour d’horizon de la famille recomposée du cinéma U.S se poursuit
avec Tarnation, impudique ciné-journal autoproduit
par Jonathan Caouette. Film sponsorisé par Gus Van Sant -
on entend le héros invoquer My own private Idaho devant
son miroir - et dont les choix narratifs échappent à l’ornière
clichetonneuse du jeune cinéma homosexuel underground. A la
mort de sa mère, Jonathan C. rembobine le fil du temps pour
aboutir à l’expérience d’une disparition floutée. Tarnation
dépasse le cadre de la « petite affaire privée »
que dénonce Deleuze, où chacun monterait bout à bout les vidéos
de son enfance pour en faire profiter le grand public. A aucun
moment ce jeune texan émigré à New York et qui a grandi le
caméscope au poing ne se départit de la distance nécessaire
à l’avènement de cette autofiction en pièces détachées ;
effeuillant sa venue au monde face caméra et son itinéraire
expérimental, sondant par la disparité et la réciprocité des
plans les limites entre introspection et exhibitionnisme.
Une rythmie syncopée façon roman photo, un défilé d’images
comme les électrochocs que subirent sa mère durant toute son
existence, un mouvement de flux et de reflux obsessionnels
présentent la progressive décrépitude de ses proches. A tel
point qu’on en vient à douter que le procédé soit finalement
un peu vain.
Suc
de Cannes. La 36ème édition de la Quinzaine,
qui connaît depuis peu un revival, est agrémentée d’une apétissante
sélection de courts-métrages, et compense cette année la faiblesse
de certaines sélections. Si, comme le veut la tradition, elle
intronise des expériences - pas toujours heureuses, soit -,
c’est les pieds dans l’eau qu’elle continue de colporter dans
le ressac de Cannes remous et nouvelles vagues.
Clémentine
Gallot
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