56è Festival de Cannes
du 14 au 25 mai 2003

Cannes aïe !

par Clémentine Gallot

 
 

 

 

 

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Malgré la constance du beau temps (de bon aloi), on a beaucoup dit que le Festival, cette année, n’était pas des plus réussis. Mal commencé : le doublé de Besson, Fanfan plus Les Côtelettes, a fait chou blanc.

Certains se seront consolés en versant une larme à la soirée d’hommage Pialat/Toscan, en compagnie de tout le gratin : véritable entreprise de sabotage orchestrée par Gilles Jacob à travers un documentaire en " l’honneur " des deux disparus. Comme Nicolas Saada l’a très justement remarqué, on voit Toscan qui grimpe les marches mais qui n’arrive jamais au sommet !A méditer. Vint ensuite un discours lénifiant, puis l’exhibition du petit Antoine Pialat, et enfin la projection de Sous le soleil de Satan (en phase de réhabilitation). Pendant ce temps, les fans éplorées d’Ewan Mc Gregor - en kilt - courraient voir le libidineux Young adam, film écossais, à la sélection " Un certain regard ".

Pourtant ça swingue méchamment - à ce qu’on dit - au bord de la Pool de François Ozon. Le cinéaste se livre ici à un exercice de style luxueux et agaçant, quoique bien ficelé. Le temps d’un flottement suffira à la divine Sagnier (alias swimming poupoule) pour agiter sa fraîche cuisse au nez et à la barbe de Charlotte Rampling qui ne s’ennuie pas, du reste, avec Marcel, le jardinier. On reste dubitatif devant la fin moralisante (et feuilletonesque), plutôt déceptive. De quoi faire jaser : Julie est-elle, oui ou non, la sécrétion mentale de Sarah ?

Ceux qui auraient échoué au fin fond de la lugubre prison de Carandiru, (et qui seraient rebutés par la jovialité des détenus - il y a de quoi - feraient mieux de retourner voir la Cité de Dieu, qui offre au moins quelques virtuosités.

Abandonnons la langueur médusée de Bright Future, du chouchou Kiyoshi Kurosawa (qui a connu des temps meilleurs) pour Easy Rider, Raging Bulls (" How the sex, drugs & rock’n roll generation saved Hollywood "). Ce documentaire de Kenneth Bowser est tiré d’un roman de Peter Biskind (fameux depuis son Nouvel Hollywood). Colportant moult ragots, mélangeant interviews, archives, extraits de films et images inédites de Marty, Francis F, George, Steven, Brian, et les autres, il fait l’effet d‘un petit remontant.

En ce qui concerne la " Quinzaine des Réalisateurs " : on y préfère au film israélien trop illustratif de Ra’anan Alexandrowicz James’ journey to Jerusalem, le foutoir de Guiraudie (Pas de repos pour les braves, très applaudi). Il s’agit d’une fable onirique et loufoque, qui fait le pari d’un charme désuet sous couvert d’apparente désinvolture. Selon Godard, Guiraudie et Amalric incarnent l’avenir du cinéma français. S’il fallait les départager, ce serait ce dernier qui l’emporterait : bravo pour sa Chose publique très piquante, et pour son rôle, réjouissant  dans Un homme, un vrai des frères Larrieux (absent du festival pour d’obscures raisons).

Dans une tout autre veine, on peut avoir le sentiment que l’horreur du 11 Septembre a marqué durablement le cinéma, faisant des " catastrophes " et des dérèglements à la fois un imaginaire collectif et une réalité envisageable. C’est également sensible dans le nouveau film de Thomas Vinterberg, It’s all about love, sortie prévue en Octobre 2003. Ciels plombés et nuits sans fin, dans l’attente d’une apocalypse qui ne viendra jamais, Haneke nous plonge dans Le temps du loups, présenté Hors Compétition. Utopie cruelle, cette expérience ingrate, voire pénible, provoqua - à tort selon nous - l’exaspération du public cannois soupirant, puis huant. Et Charles Tesson de conclure à l’issue de la projection : " ça passera très mal à la télé ". Nous voilà prévenus.

On a pu constater, non sans un certain amusement, les points communs entre le glacial (et glaçant) Tiresia de Bertrand Bonello et Irréversible de Gaspar Noé, qui fit scandale l’an passé : très à la mode, Beethoven accompagne l’investigation poussive de la sexualité, qui sera jugée par certains déplaisante (car esthétisante). D’autres quittent la salle, écœurés par l’automutilation oedipienne.

Submergés par le nombre de films en projection chaque jour, on ne peut qu’avoir le sentiment d’avoir peut-être raté quelque chose. Heureusement, l’éblouissant Elephant, réconforte - vu deux fois, dont en loge présidentielle en compagnie de M. le Président Chéreau (and boyfriend).

On est un peu déçu que l’Elephant (palmé, désormais) de Gus Van Sant soit seul à relever le niveau d’un festival, qui, du peu que j’ai pu en juger, m’a semblé lisse, et pacifiant.

 

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